Assise, jambes croisées : ce geste féminin anodin cache en réalité un mécanisme bien précis

La posture assise jambes croisées est tellement répandue qu’on ne la remarque même plus.

Dans les salles d’attente, les transports en commun ou lors de réunions professionnelles, cette position semble être adoptée majoritairement par les femmes.

Ce geste, apparemment anodin, cache pourtant des explications physiologiques, culturelles et historiques fascinantes.

Entre confort anatomique, codes sociaux et habitudes inconscientes, les raisons qui poussent les femmes à croiser les jambes sont multiples et souvent méconnues.

Les facteurs anatomiques et physiologiques

L’anatomie féminine joue un rôle déterminant dans cette préférence posturale qui n’est pas uniquement liée aux conventions sociales.

La structure du bassin féminin

Le bassin des femmes présente des caractéristiques spécifiques qui influencent directement leur façon de s’asseoir :

  • Le bassin féminin est généralement plus large que celui des hommes, adaptation évolutive liée à la grossesse et à l’accouchement
  • L’angle entre le col du fémur et l’axe de l’os est différent chez les femmes
  • La distance entre les hanches est proportionnellement plus importante

Ces particularités anatomiques font que croiser les jambes peut créer un meilleur équilibre pelvien pour de nombreuses femmes.

Le confort physiologique

Croiser les jambes n’est pas qu’une question d’os et d’articulations. Cette position offre plusieurs avantages physiologiques :

  • Elle permet de stabiliser le bassin qui a tendance à basculer différemment chez les femmes
  • Elle réduit la pression sur la colonne vertébrale pour certaines morphologies
  • Elle peut soulager les tensions musculaires dans le bas du dos

L’influence des vêtements et de la mode

L’habillement féminin a historiquement dicté certaines postures, dont celle des jambes croisées.

Les jupes et robes : un facteur déterminant

Le port de jupes et de robes a conditionné pendant des siècles la façon dont les femmes s’assoient :

  • Croiser les jambes permet de préserver l’intimité lorsqu’on porte une jupe
  • Cette position évite que le vêtement ne remonte ou s’écarte de façon inconvenante
  • Même avec le port généralisé du pantalon, cette habitude posturale persiste

Les chaussures à talons

Les chaussures féminines, notamment les talons hauts, influencent cette posture :

  • Les talons modifient l’angle des pieds par rapport au sol
  • Ils créent un déséquilibre qui peut être compensé par le croisement des jambes
  • Cette position permet de soulager les pieds de la pression exercée par les talons

L’éducation et les codes sociaux

Au-delà des considérations anatomiques, l’éducation et les normes sociales ont fortement influencé cette habitude posturale.

L’apprentissage des « bonnes manières »

L’histoire de l’éducation féminine révèle comment cette posture est devenue un marqueur de féminité :

  • Dans de nombreuses cultures, les jeunes filles apprenaient à croiser les jambes comme signe de bonne éducation
  • Les manuels de savoir-vivre du 19ème siècle recommandaient explicitement cette position
  • Les écoles de maintien enseignaient cette posture comme élément fondamental du comportement féminin « respectable »

La dimension psychologique et sociale

Cette position comporte des aspects psychologiques importants :

  • Elle peut créer une barrière symbolique dans l’espace personnel
  • Elle est souvent perçue comme plus élégante et raffinée
  • Elle peut être un moyen inconscient de réduire l’espace occupé, conformément aux attentes sociales

Les conséquences sur la santé

Malgré sa popularité, cette position soulève des questions de santé qui méritent d’être examinées.

Circulation sanguine et pression artérielle

Le croisement des jambes n’est pas sans conséquence sur notre système circulatoire :

  • Cette position peut entraver la circulation sanguine dans les membres inférieurs
  • Des études ont montré une légère augmentation de la pression artérielle lorsque les jambes sont croisées
  • Le risque de varices pourrait être accru par cette habitude maintenue sur de longues périodes

Impact sur la posture et les articulations

À long terme, cette position peut affecter la structure musculo-squelettique :

  • Elle peut créer un déséquilibre postural affectant la colonne vertébrale
  • Le bassin peut se désaligner si cette position devient une habitude constante
  • Les articulations des hanches et des genoux subissent une pression asymétrique

Évolution des perceptions et des habitudes

Les attitudes concernant cette posture sont en pleine mutation dans notre société contemporaine.

L’émancipation des codes posturaux

On observe aujourd’hui une libération progressive des contraintes posturales genrées :

  • De plus en plus de femmes rejettent consciemment cette norme posturale
  • Le concept de « manspreading » (position assise jambes écartées) a mis en lumière les différences genrées dans l’occupation de l’espace
  • Les mouvements féministes encouragent à repenser les postures imposées par les conventions sociales

Les recommandations actuelles des professionnels de santé

Les spécialistes de la santé proposent aujourd’hui une approche plus nuancée :

  • Il est conseillé de changer régulièrement de position plutôt que de maintenir une posture fixe
  • L’idéal serait d’adopter une position avec les deux pieds à plat sur le sol la plupart du temps
  • Les pauses actives sont recommandées pour toute personne restant assise longtemps

Perspectives interculturelles

La façon de s’asseoir varie considérablement selon les cultures et les époques.

Différences culturelles dans les postures assises

À travers le monde, les normes posturales présentent une grande diversité :

  • Dans certaines cultures asiatiques, s’asseoir à même le sol est traditionnel pour tous les genres
  • Les positions assises en tailleur ou à genoux sont courantes dans différentes traditions
  • Dans certaines sociétés africaines, les postures assises genrées sont codifiées différemment

L’évolution historique des postures féminines

Un regard sur l’histoire révèle l’évolution des normes posturales :

  • Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, les représentations artistiques montrent des positions assises différentes
  • L’époque victorienne a rigidifié les codes de maintien féminin
  • Le 20ème siècle a vu une libération progressive des contraintes posturales

La position assise jambes croisées, si caractéristique de nombreuses femmes aujourd’hui, s’explique donc par un entrelacement complexe de facteurs biologiques, culturels et historiques. Loin d’être un simple détail, cette posture raconte une histoire fascinante sur l’évolution des corps féminins dans l’espace social. À l’heure où les codes de genre sont questionnés et réinventés, cette habitude posturale continue d’évoluer, reflétant les transformations plus larges de notre société.

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